06/11/2009

1 Histwêre: lès Walons do Wisconsin dins lès 175.000 Bèljes qu' ont stî aus-ÛSA

Lempereur Françoise, Les Wallons d’Amérique du Nord, Gembloux, 1976

 

(p.9) INTRODUCTION

 

La lecture attentive d'une carte détaillée d'Amérique du Nord réserve bien des surprises : voici, au Canada, Namur et Courcelles au Québec ; le lac Namur et la Liège River dans l'Alberta ; voici aux États-Unis, Liège, Missouri ; Charleroi, Philippeviïle et Floreffe, Pennsylvanie ; Hennepin, Illinois et Minnesota ; Brussels, Walhain, Rosière, Champion, etc., au Wisconsin.

 

Sait-on que, selon Joseph Kadijk 1, « 175.000 Belges se sont établis aux États-Unis depuis 1820 » ? Le chiffre est moins élevé au Canada mais l'on peut affirmer sans crainte que l'Amérique du Nord est la région du monde qui compte le plus d'émigrés ou descendants d'émigrés belges.

 

Les mouvements de population vers le Nouveau Monde — que nous allons tenter de résumer ici — ont fait l'objet de plusieurs travaux ; citons en tout premier lieu, ceux d'Antoine De Smet et en particulier son article L'émigration belge aux États-Unis pendant le 19e siècle jusqu'à la guerre civile (biblio) ; l'étude de Francis Balace Le recrute­ment en Belgique pour les troupes fédérales, 1864-18652 et un chapitre du livre de Joseph Delmelle L'expansion wallonne hors d'Europe 3.

 

1.  Joseph kadijk, La contribution belge à la vie américaine de 1624 à nos jours, conférence donnée au Centre culturel belge de l'Université de Loyola à Chicago en 1963 et publiée le l" janvier 1964, dans Nouvelles de Belgique.

2.  Bruxelles, Center of American Studies, 1969.

3. (Gilly), Institut Jules Destrée, 1967.

 

 

(p.10) Les autres Wallons en Amérique du Nord, aux 19e et 20e siècles

 

Selon M. Mali, consul de Belgique à New York en 1850, on peut estimer à 1.300 le nombre de Belges vivant alors aux États-Unis. Déduction faite des Flamands, ce sont donc quelques centaines d'émigrés seulement qui, issus surtout de la paysannerie luxembour­geoise, ont tenté de fuir une situation par trop précaire dans nos régions, en cherchant en Amérique un travail plus rémunérateur.

 

Une étude menée en 1889 par Nicolas Gonner sur les Luxembourgeois (à la fois du Grand-Duché et de la province belge) 9 a permis de cerner cette première émigration importante vers le Nouveau Monde.

 

Au début du 19e siècle, on signale une petite colonie du Missouri, appelée Nouvelle-Liège, mais on en perd la trace dès 1833. En 1830, des gens de Guirsch, près d'Arlon, partent pour les États-Unis, bientôt suivis d'habitants de Fouches (Hachy), Messancy et Sélange. En 1834, quelques familles de Sampont (Hachy) s'établissent dans l'Ohio. Cet État et celui, voisin, du Michigan sont rapidement peuplés de plusieurs centaines de Luxembourgeois belges, la plupart de langue allemande. Vers 1840, des Luxembourgeois encore dans les États de New York, d'Iowa, Ilhnois, Wisconsin ; entre 1850 et 1860, dans le Minnesota, le Kentucky, l'Indiana. Ici, en 1840, un prêtre français avait acheté une grande étendue de terre, à 7 miles au nord de l'Ohio River ; trois ans plus tard, voulant lotir sa propriété, il y attire deux familles de Les Bulles (Florenville) qui y fondent une bourgade nommée Léopold ; d'autres colons provenant des cantons de Virton, d'Arlon, Florenville, Etalle et Neufchâteau, ne tardent pas à s'y fixer, de sorte qu'en 1880, Léopold compte environ 200 familles wallonnes.

A la différence des Brabançons et des Namurois, une fois en Améri­que, les Luxembourgeois ne cherchent pas à former de grandes colonies — les cas de Léopold et de Belgium sont assez exceptionnels — et il arrive qu'une famille ou un individu même s'établisse isolément.

L'exemple de Jean-Nicolas Perlot est révélateur de cet esprit d'indépendance des Ardennais : né à Herbeumont en 1823, il part à 22 ans chercher du travail à Paris ; il y vit chez un oncle quand, en

 

9. Nicolas gonner, Die Luxemburger in der neuen Welt (...), Dubuque, lowa, 1889, XIV-489 pp.             

 

(p.27) En 1858, Grandlez, bientôt suivie de Brussels, Namur, Rosière, etc., remet en vigueur l'ancienne kermesse du « vieux pays » : le dimanche de la ducasse, après la messe, deux orchestres (cornet, trombone, violon et clarinette) vont à la rencontre des fidèles et sur la place, les quadrilles se forment pour la « danse dèl poûssêre » ; les danses se succèdent toute la matinée et reprennent de plus belle le soir, après le traditionnel repas de fête (bouillon, tartes,...) auquel participent tous les parents et amis des villages voisins. Le lundi, jour des « vieux », les valses et quadrilles ne commencent qu'en fin d'après-midi, mais, dès 8 heures du matin, les festivités ont recommencé : les jeunes rivalisent en des luttes amicales, des courses à pied ou à cheval (le «carrousel»), s'essayent au jeu du drapeau, au mât de cocagne ; ils tentent d'attraper des cochons couverts de graisse, de décapiter une oie avec un fer de faux, etc.

 

Et quand résonne la chanson « Nous avons planté des canadas avec Marie Doudouye », reprise en chœur par les derniers buveurs de bière, la kermesse se termine... il est 5 ou 6 heures du matin.

 

D'autres coutumes ont repris racine ici : le grand feu du premier dimanche de Carême, la plantation du mai...

 

Les fléaux

 

Succession de périodes heureuses ou pénibles, les premières années des Wallons au Wisconsin furent marquées par trois fléaux : la maladie, la guerre et l'incendie.

 

Durant l'automne 1854, quasi chaque famille de pionniers accueillait avec joie un ou plusieurs parents du « vieux pays » ; les nouveaux arrivants, reçus avec enthousiasme, apportaient pourtant un terrible cadeau : les germes du choléra asiatique contre lequel soins et remèdes familiaux demeuraient impuissants. Contrairement à la tradition locale, il semble qu'il ne faille pas exagérer l'importance de l'épidémie : « 7 morts sur une population de 76 habitants » écrit en 1855 Ad. Poncelet, Consul de Belgique à Chicago, rapportant sa récente visite à Robinsonville.

 

Les pertes en vies humaines durant la Guerre Civile ou Guerre de Sécession (1861-1865) peuvent être estimées à 12.000 pour tout le territoire des États-Unis ; peu de Wallons toutefois, quelques dizaines

 

(p.41) (…) (savant mélange de pommes de terre et de chou-fleur, chou de Savoie — savôye — et arroche — aurôse —, le tout bouilli et arrosé de sauce au lard), des cougnous de Noël, des « galettes » de Nouvel An et surtout des fameuses tartes, connues dans tout le Wisconsin sous la dénomination Belgian pies (littéralement « tartes belges »). Aujour­d'hui très répandues (il m'est arrivé d'en manger cinq fois en une journée !), les tartes étaient autrefois mets de kermesse. La recette ? : pâte brisée — parfois levée — recouverte de riz, de pommes, de cassonade ou de « côrin » (compote de prunes) et, comme en Brabant wallon, garnie de « blanc stofè » (fromage blanc).

 

Signe des temps, le four de pierres est abandonné au profit de la cuisinière électrique et l'on fabrique des tartes aux cerises, aux « cawoûtes » (courges), à la pistache ou au citron... qu'on surgèle aussitôt après la cuisson. Le surgélateur est d'ailleurs présent dans chaque foyer : pâtisseries et pains cuits à la maison, légumes et fruits du jardin et surtout viandes, volailles et poissons y trouvent place. A la ferme, on abat périodiquement une bête, aussitôt découpée et gelée ; les volailles subissent le même sort et les poissons péchés l'été semblent bien meilleurs en automne.

 

La boisson nationale belge est, de part et d'autre de l'Atlantique, la bière. Au Wisconsin curieusement, elle n'est pas consommée au repas — nos cousins préfèrent alors l'eau ou le café — mais entre et après les repas. Les brasseries locales ont disparu avec les champs d'orge ; la dernière, fermant ses portes en 1965, vendait jusqu'alors des canettes à l'étiquette tricolore (noire, jaune et rouge) où l'on pouvait lire :

 

« Vive les Belges !»

« Green Bay »

 

Aujourd'hui, la bière vient de Milwaukee, ville située à 200 kilomètres au sud et connue pour ses brasseries d'origine allemande. C'est une bière transparente, très légère, que les cafetiers servent froide, presque glacée, dans de petits verres cylindriques. Pas chère — environ 7 FB le verre en 1975 — et digestible, elle... facilite les contacts humains... Scénario classique : un homme entre au « salon » (adapta­tion wallonne de l'américain « saloon ») ; il dépose sans compter une poignée de dollars sur le bar, commande une tournée générale, s'assied sur un tabouret et, s'accoudant au bar, engage la conversation (…).

10:59 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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